Une page d'histoire...

Publié le par Danielle Hymbert-Zenaïdi

La démocratie locale à Sauzet à la fin du 17e siècle

Une page d'histoire...

L’eau était un bien rare et précieux sur le plateau de Sauzet, comme ailleurs sur les sols arides des Causses. Les populations souffraient de la sécheresse et du manque d’eau potable ; elles devaient chercher des sources pour y creuser des puits. Ensuite, la solidarité était obligatoire pour bâtir un ouvrage collectif. Une trace écrite datant de la fin du 17e siècle, déposée aux Archives départementales du Lot, nous donne quelques indications.

Le 16 août 1674, sous “le règne de Louis, par la Grâce de Dieu, roy de France et de Navarre,” (1) Maître Estang, Notaire royal de Sauzet, réunit des habitants “assemblés en corps de Jurade”, (2) sur la place publique du “lieu de Sauzet en Quercy avant midi” ainsi que Maître Antoine Moncoutié, docteur et avocat au Parlement.

Sont présents :
• Des habitants de Sauzet, domiciliés au bourg ou aux abords : Antoine Montaudié – Guyon Laborie – Antoine Raynal jeune (Mas de Garrit) – Pierre Laborie, laboureur – Hugues Caviole, “hostelllier” – Jean Bourbon, serrurier – Pierre Besse, laboureur – Antoine Delport, laboureur – Jean Garrigues, laboureur – Géraud Pechcal, travailleur – Etienne Cayret, cordonnier – Antoine Loulmède, menuisier – Antoine Cayret, tailleur – Pierre Souiris, tisserand – Antoine Revière, chapelier – Guillaume Pefaure, charpentier. La construction du puits ne concerne pas les autres hameaux.
• Deux témoins, domiciliés dans les localités voisines : Raymond Roussières, travailleur, de Bagat – Pierre Durand, laboureur à Farguettes.

“Sieur Moncoutié”, désigné rapporteur du projet, explique. La fontaine du village n’est pas suffisante pour fournir l’eau aux habitants, “tarissant ordinairement aux moys de juillet, aoust et septambre, voire mesmes une partie du moys d’octobre”. Maître Moncoutié a fait venir “un hermite de Caors” nommé Frère Jean, sourcier, qui aurait trouvé une source suffisante au lieudit le Pré de Barbe, appartenant à Antoine Favard. Il est décidé de creuser à l’endroit indiqué, avec le consentement du propriétaire présent à l’assemblée contre promesse de dédommagement. Si on trouve une source, un puits sera bâti aux frais et dépens des habitants du village et du Mas de Garrit. Les habitants devront creuser eux–mêmes “jusques à ce qu’il faudra trasser le rocher.” (3) Chacun devra creuser, selon une liste établie par Maître Moncoutié et le notaire. Si certains habitants refusent d’exécuter le travail, ils seront remplacés “à leurs frais et despans.” Lorsque les “trossaïres” (4) viendront pour fracturer la roche, les habitants devront les nourrir et les loger, à tour de rôle. Tout contrevenant sera “conraintz par saysie et vante de ses biens meubles…” Quand l’eau sera trouvée et, si elle est en quantité suffisante, un maçon construira la “bâtisse” du puits à moindre coût. Maître Moncoutié et le notaire pourront passer actes et contrats.

Voici, probablement, l’histoire du puits dit “Fontaine du Mas de Garrit.”

(1)  Louis XIV 

(2) Corps de jurade : sous l’Ancien Régime, les jurats formaient un corps de fonctionnaires municipaux chargés de défendre les intérêts de la communauté dont ils faisaient partie. Ils prêtaient serment et formaient ainsi la jurade. 

(3)  En dialecte quercinois trossa signifie briser, tronçonner 
(4) Le trossaïre est le carrier

 

Sources : 
– Document original déposé par la Mairie de Sauzet aux Archives départementales du Lot – Bulletin de la Société des Etudes du Lot – Pierre Dalon – 1er trimestre 1977 

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Publié dans Patrimoine

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